Pour une Renaissance des Nations Unies

Tribune – pétition

Alors que l’humanité connaît aujourd’hui, à l’ère de l’Anthropocène, c’est-à-dire de son propre fait, une crise sans précédent, toutes époques confondues de son Histoire ; une crise holistique – tout à la fois politique, économique, sociale, sanitaire, écologique, énergétique, militaire et… morale – qui menace notre existence même et celle de toute vie sur Terre ; si l’ONU est plus faible que jamais, étoile devenue simple figurante et observatrice au milieu du Grand Jeu, l’Organisation des Nations Unies est aussi plus importante que jamais pour dépasser ce moment critique ; et si le multilatéralisme se meurt, c’est que l’omnilatéralisme est de rigueur !

Cette organisation, créée en 1945, au sortir de la Seconde guerre mondiale et son cortège d’horreurs jusqu’alors inconnues, sur le thème – après la “Der des ders” de 14-18 et l’échec de la Société des Nations – du « plus jamais ça », afin de nous mettre enfin sur la bonne voie, celle de la paix, de la justice et du bien-être, dans un environnement protégé, à l’échelle globale, certes on entendra dire à l’envi, malgré tant de succès patents, qu’elle a manqué son but, qu’elle est impuissante, c’est-à-dire inutile. Non sans s’efforcer, toutefois, de réfléchir, de répondre et de faire, dans la mesure du possible, entendre raison, comme à qui accuserait la médecine de ne pas nous guérir de la mort. 

Car la situation de l’ONU n’est rien que la somme des bonnes (et mauvaises) volontés des États qui la constituent. Elle est le fidèle miroir de notre monde. Et ceux de nos dirigeants qui la dénigrent le plus, affirmant qu’elle est l’instrument des losers et qu’elle coûte trop cher – quand le budget de l’ensemble du Système des Nations Unies (CIJ, OMS, UNICEF, UNESCO, FAO, FMI, PNUD, etc.) n’atteint pas le centième des dépenses militaires mondiales –, ceux-là sont les premiers responsables, à dessein, de sa faiblesse, cherchant tout bonnement à la supprimer ou la remplacer par quelque structure ad hoc et de fantaisie, au service exclusif d’intérêts chauvins, privés et personnels.

Mais, que les “faits alternatifs” ne nous trompent pas : de même que les si indéniables changement climatique et effondrement de la biodiversité, les inégalités croissantes et la faim, les pandémies et les guerres, un incident ou, a fortiori, un conflit nucléaire, sont sans frontières (à l’avenant d’une superintelligence artificielle qui deviendrait rebelle), de même le solutionnement de ces catastrophes en cours ou possibles – sans parler de l’atteinte des Objectifs de Développement Durable (dont l’horizon recule sans cesse) – exige-t-il une coordination mondiale dont l’ONU seule est en mesure de fournir le cadre. Aussi les Nations Unies sont-elles, en effet, irremplaçables. Et à la question du « plus de Nations Unies ou plus de Nations Unies ? », faut-il répondre sans hésiter : + ! Cela ne signifiant nullement, quand les nations sont plus désunies que jamais par les méfaits de leaders nationaux-populistes, alors que les peuples, comme les individus en général, n’aspirent qu’à s’aimer les uns les autres, cela ne signifiant nullement, donc, que ces Nations Unies ne soient pas perfectibles, et même… extrêmement. Cela impliquant donc, tout au contraire, que c’est à ce perfectionnement qu’il est impérieux de s’employer, d’urgence et à toute force.

Si les Nations Unies n’ont que les moyens qu’on leur donne, il faut certes leur accorder bien davantage, quantitativement et qualitativement, en ce qu’elles sont le cœur et la tête d’une coopération internationale indispensable à notre survie et notre bonheur collectifs. Restaurer la confiance générale en celles-ci est donc capital. Mais cela ne saurait se produire, tant le passif est conséquent, sans un électrochoc suivi d’une réforme en profondeur de l’ONU, qui est celle d’abord de l’esprit des nations et leurs dirigeants, sur la base d’un fédéralisme mondial et démocratique : une véritable Renaissance.

Les grandes lignes de cette réforme et cette nouvelle Fédération des Nations Unies sont les suivantes :

• Une transmutation des Nations Unies, lesquelles évolueraient du statut d’organisation internationale à caractère essentiellement consultatif à celui d’État fédéral supranational où coexistent trois pouvoirs : législatif (élaboration de la loi par un Parlement Mondial), exécutif (application de la loi par un Gouvernement Fédéral) et judiciaire (contrôle et sanction en cas de non-application de la loi par la Cour Internationale de Justice).

• Adhésion libre et inclusive : l’État fédéral doit par définition être ouvert à tous les États (les États fédérés) de la Terre, censés représenter l’ensemble des peuples et nations, dans le respect du droit à l’autodétermination.

• Une souveraineté partagée entre l’État fédéral et des États fédérés des Nations Unies, suivant le principe de subsidiarité : la responsabilité d’une action publique devra être allouée à la plus petite entité pour être la plus juste et efficace, en respectant et valorisant les particularités locales ; ainsi, les différentes compétences seront-elles définies et réparties entre les différents échelons ; si l’un d’eux, par exemple un État national, n’est pas en mesure de s’acquitter au mieux d’une tâche pour l’intérêt général, c’est le niveau supérieur, la Fédération mondiale en l’occurrence (ou, le cas échéant, une entité régionale intégrée) qui en aura la charge.

• La formation ou consolidation d’entités régionales sur le modèle fédéral, dans la mesure où elles ne deviennent pas une fin en soi ou ne risquent pas de se cristalliser en blocs antagonistes, mais contribuent bien plutôt à un meilleur fonctionnement, intégré, des Nations Unies.

• L’organisation du pouvoir tripartite au sein des Nations Unies – la prise de décision notamment – devra être la plus équitable possible pour tous ses membres et leurs citoyens, suivant le principe : chaque être humain égale une voix.

• Le renforcement des partenariats et du rôle consultatif de la société civile et la sphère des entreprises avec et au sein des Nations Unies.

• L’application du droit mondial directement à l’individu, quels que soient son identité et son lieu de résidence, dans le cadre de la compétence de l’État fédéral mondial : garantie des droits de l’homme et répression de toute atteinte à la sécurité des Nations Unies.

• En matière de sécurité : création de forces armées internationales capables d’assurer la sécurité de l’ensemble des États fédérés et de l’État fédéral lui-même ; désarmement volontaire des États fédérés – à l’exemple du Costa Rica inter alia – jusqu’à un niveau correspondant à leurs seuls besoins en matière de maintien de l’ordre intérieur (police et autres services de sécurité) ; destruction et prévention des Armes de Destruction Massive (arsenaux nucléaires, radiologiques, chimiques, biologiques et technologiques) ; acquisition des outils de gestion des risques naturels et technologiques, infra-atmosphériques et extra-atmosphériques (satellites, géocroiseurs, etc.).

• En matière de développement & environnement : disposer des moyens suffisants – financiers, humains et techniques, les besoins étant colossaux – pour réaliser les dix-sept Objectifs de Développement Durable (ou ODD) plus un dix-huitième : Culture pour tous, afin que toutes les formes de vie puissent “cohabiter notre planète en harmonie”.

Face à la logique des “empires” qu’ils jugent, sinon préférable, du moins irrémédiable, d’aucuns taxeront ce fédéralisme mondial, que l’ONU porte pourtant en germe, de naïf ; mettant sur le même banc des “rêveurs” que mon humble personne et bien d’autres : Albert Einstein, Winston Churchill, Albert Camus, Harry S. Truman, Thomas Mann, Jean XXIII, Bertrand Russell, Margaret Mead, Hideki Yukawa, Willy Brandt, Jawaharlal Nehru, Martin Luther King, John F. Kennedy, Irène et Frédéric Joliot-Curie, José Figueres Ferrer, Peter Ustinov, Desmond Tutu, Yehudi Menuhin, Mikhail Gorbatchev, etc. ; quand pareille liste (nullement exhaustive) de hérauts de cette idée, complémentaires dans leurs différences, suffit à lui apporter un fameux démenti de candeur et un label de sagacité. Il est vrai que tous ces visionnaires illustres, aussi cosmopolites que champions de leurs “patries” personnelles (pays, art, science, foi), ont cet “avantage” sur tant de nos contemporains dits “réalistes”, un avantage qui est certes aussi un terrible malheur, d’avoir vécu en direct, avec les positions éminentes que l’on sait, ces événements si éclairants dans leur insondable noirceur : nazisme, Shoah, Hiroshima & Nagasaki, stalinisme — tout ceci expliquant probablement cela. Mais, quoi ? Nos infortunes à nous, en cette première moitié de XXIe siècle, ne sont pourtant pas des bagatelles ! Faut-il donc que nous ayons à ce point perdu, en plus de la mémoire, la vue et les autres sens ? Incapables de faire le lien entre le passé, le présent, le futur et de réagir ?

Quand ces mots, si actuels, furent écrits en 1947 et 1948 respectivement : 

« À mon sens, voici le moyen pour les nations du monde de briser le cercle vicieux qui menace la survie même de l’humanité, comme aucune autre situation dans l’histoire de l’humanité ne l’a jamais fait. […] Les Nations Unies doivent agir avec la plus grande rapidité pour créer les conditions nécessaires à la sécurité internationale en jetant les bases d’un véritable gouvernement mondial. »  / Albert Einstein, Lettre ouverte à l’Assemblée Générale des Nations Unies

« Tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits. Ils sont doués de raison et de conscience et doivent agir les uns envers les autres dans un esprit de fraternité. » / Nations Unies, Déclaration universelle des droits de l’homme – Article premier

Qui donc pouvait penser qu’en 2026 nous en serions là, encore moins fraternels et bien plus proches de l’abîme qu’alors ? Les pessimistes.

De même pour nous aujourd’hui… Qui pourrait imaginer que l’humanité survive jusqu’en 2100 sans un sursaut majeur dont nos parents les plus sages nous ont donné les clés et l’impulsion ? Les optimistes.

Assurément, une telle perspective de progrès des Nations Unies trouvera sur sa route des inerties et des opposants de tout poil : des irresponsables politiques aux lobbies tout-puissants, si inquiets pour l’avenir… de leurs pouvoir et profits seuls, en passant par la pure paresse des corps et des âmes. Convaincre sera difficile. Mais, avons-nous seulement le choix ? Laisserons-nous notre barque continuer sa dérive vers le maelstrom abyssal, sans rien faire, lors même que nous avons des rames et des bras ? La courte vue l’emporter sur la longue, la force brute triompher du droit, quand nous sommes « doués de raison et de conscience » ? Non.

Alors courage, concitoyens du monde, mobilisons-nous tous ensemble ! Car le combat pour les Nations Unies est une cause sacrée : celle – après le Déluge de notre hubris – de la colombe, du rameau d’olivier et de l’arc-en-ciel. Pour que tous les enfants de la Terre vivent enfin en paix, pour l’éternité, sur une planète redevenue – après ce champ de bataille – un jardin.

Kim R. Rebholz, 9 avril 2026

Signez la pétition en ligne sur le site de l’Assemblée nationale française et sur la plateforme change.org

Les 17 Objectifs de Développement Durable (ODD) des Nations Unies dont le Grand Nuancier se veut un porte-drapeau