Pour une Renaissance des Nations Unies
Appel – pétition
Till the war-drum throbb’d no longer, and the battle-flags were furl’d / Jusqu’au tambour ayant cessé, et les drapeaux de guerre repliés
In the Parliament of man, the Federation of the world. / Dans le Parlement de l’homme, la Fédération du monde.
Alfred, Lord Tennyson
Concitoyens du monde, j’en appelle à nous tous.
Alors que l’humanité connaît aujourd’hui, à l’ère de l’Anthropocène, c’est-à-dire de notre propre fait, une crise sans précédent, toutes époques confondues de notre Histoire ; une crise holistique – tout à la fois politique, économique, sociale, sanitaire, écologique, énergétique, militaire et… morale – qui menace notre existence même et celle de toute vie sur Terre ; si l’ ONU est plus faible que jamais, étoile devenue simple figurante et observatrice au milieu du Grand Jeu, l’Organisation des Nations Unies est aussi plus importante que jamais pour dépasser ce moment critique ; et si le multilatéralisme se meurt, c’est que l’omnilatéralisme est de rigueur !
Cette organisation, fondée en 1945, sur les ruines de la Seconde guerre mondiale et son cortège d’horreurs jusqu’alors inconnues, sur le thème – après la “Der des ders” de 14-18 et l’échec de la Société des Nations – du « plus jamais ça », afin de nous mettre enfin sur la bonne voie, celle de la paix, de la justice et du bien-être, dans un environnement protégé, à l’échelle globale, certes on entendra répéter à l’envi, malgré tant de succès patents, qu’elle a manqué son but, qu’elle est impuissante, donc inutile. Non sans s’efforcer, toutefois, de réfléchir, de répondre et de faire, dans la mesure du possible, entendre raison, comme à qui blâmerait la médecine de ne pas nous guérir de la mort.
Car la situation (dramatique) de l’ONU n’est rien d’autre que la somme des bonnes (et mauvaises) volontés des États qui la constituent. Elle est le fidèle miroir, grossissant, de notre monde. Et ceux de nos dirigeants qui la dénigrent le plus, clamant qu’elle est l’instrument des losers et qu’elle coûte trop cher – quand le budget de l’ensemble du Système des Nations Unies (CIJ, OMS, UNICEF, UNESCO, FAO,HCR, FMI, PNUD, etc.) n’atteint pas le centième des dépenses militaires mondiales –, ceux-là sont les premiers coupables d’un tel affaiblissement, cherchant tout bonnement à l’anéantir et la remplacer par quelque structure ad hoc et de fantaisie, au service exclusif d’intérêts chauvins, privés et personnels.
Mais, que les marchands de “faits alternatifs” ne trompent personne. De même que les si indéniables changement climatique et effondrement de la biodiversité, les inégalités croissantes et la faim, les pandémies et les guerres, un incident ou, a fortiori, un conflit nucléaire, sont sans frontières (à l’avenant d’une superintelligence artificielle qui deviendrait félonne), de même la gestion des catastrophes planétaires en cours ou possibles – sans parler de l’atteinte des Objectifs de Développement Durable dont l’horizon recule sans cesse – exige-t-elle une coordination mondiale dont l’ONU seule est en mesure de fournir le cadre. Aussi les Nations Unies sont-elles, en effet, irremplaçables. Et à la question du « plus de Nations Unies ou plus de Nations Unies ? », faut-il répondre sans hésiter : + ! Cela ne signifiant nullement, quand les nations sont plus désunies que jamais par les méfaits du national-populisme ambiant, alors que les peuples, comme les individus, ne gagnent qu’à s’aimer les uns les autres dans leurs différences complémentaires, cela ne signifiant nullement, donc, que ces Nations Unies ne soient pas perfectibles (et même… extrêmement). Cela impliquant donc, tout au contraire, que c’est à ce perfectionnement qu’il est impérieux de s’employer, d’urgence et à toute force.
Si les Nations Unies n’ont que les moyens qu’on leur donne, il faut certes leur accorder bien davantage, quantitativement et qualitativement, en ce qu’elles sont le cœur même de la coopération internationale, indispensable à notre survie et notre bonheur collectifs. Rendre ou plutôt donner enfin à celles-ci ce qu’elles méritent, pour notre bien commun, est donc capital. Mais cela ne saurait se produire, tant le déficit est conséquent, sans un électrochoc suivi d’une réforme en profondeur de l’ONU, qui est celle d’abord de l’esprit des nations et leurs décideurs, sur la base d’un fédéralisme mondial et démocratique : une véritable Renaissance.
Les grandes lignes de cette réforme et cette nouvelle Fédération des Nations Unies – annonçant non la fin des nations, mais leur plein épanouissement en concert – sont les suivantes :
• Une transmutation des Nations Unies, lesquelles évolueraient du statut d’organisation internationale à caractère essentiellement consultatif à celui d’État fédéral supranational où coexistent trois pouvoirs : législatif (élaboration de la loi par un Parlement Mondial), exécutif (application de la loi par un Gouvernement Fédéral) et judiciaire (contrôle et sanction en cas de non-application de la loi par la Cour Internationale de Justice).
• Adhésion libre et inclusive : l’État fédéral doit, par définition, être ouvert à tous les États (les États fédérés) de la Terre, censés représenter l’ensemble des peuples et nations, dans le respect du droit à l’autodétermination.
• Une souveraineté partagée entre l’État fédéral et les États fédérés des Nations Unies, conformément au principe de subsidiarité : la charge d’une action publique devra être allouée à la plus petite entité pour être la plus juste et efficace possible, en respectant et valorisant les particularités de chaque localité et ses habitants ; c’est ainsi que les compétences diverses seront réparties entre les différents échelons ; si et seulement si l’un d’eux, État national par exemple, n’est pas en mesure de s’acquitter au mieux d’une tâche pour l’intérêt général, alors c’est le niveau supérieur, Fédération mondiale en l’occurrence (ou, le cas échéant, entité régionale intégrée) qui l’assumera.
• La formation ou consolidation d’entités régionales sur le modèle fédéral, dans la mesure où elles ne deviennent pas une fin en soi ou ne risquent pas de se cristalliser en blocs antagonistes, mais contribuent bien plutôt au meilleur fonctionnement possible, intégré, des Nations Unies.
• L’organisation du pouvoir tripartite au sein des Nations Unies – la prise de décision notamment – devra être la plus équitable possible pour tous ses membres et leurs citoyens respectifs, suivant la règle : chaque être humain égale une voix.
• Le renforcement des partenariats et du rôle consultatif de la société civile et la sphère des entreprises avec et au sein des Nations Unies dans une optique de coresponsabilité sociale avancée.
• L’application du droit mondial directement à l’individu, quels que soient son identité et son lieu de résidence, dans le cadre de la compétence de l’État fédéral mondial : garantie des droits de l’homme et répression de toute atteinte à la sécurité des Nations Unies.
• En matière de sécurité : création de forces armées internationales capables d’assurer la sécurité de l’ensemble des États fédérés et de l’État fédéral lui-même ; désarmement volontaire des États fédérés – à l’exemple historique du Costa Rica inter alia – jusqu’à un niveau correspondant à leurs seuls besoins en matière de maintien de l’ordre intérieur (police et autres services de sécurité) ; démantèlement et prévention des Armes de Destruction Massive (arsenaux nucléaires, radiologiques, chimiques, biologiques et technologiques) ; acquisition des meilleurs outils de gestion des risques naturels et technologiques, infra-atmosphériques et extra-atmosphériques (satellites, géocroiseurs, etc.).
• Dans les champs du développement et de l’environnement : réunir les moyens suffisants – financiers, humains et techniques, les besoins étant colossaux – pour réaliser les dix-sept Objectifs de Développement Durable (ou ODD) plus un dix-huitième : Culture pour tous, afin que toutes les formes de vie puissent cohabiter la Terre, notre “maison commune”, en harmonie.
Dominés par la “logique des empires” qu’ils jugent, sinon préférable, du moins irrémédiable, d’aucuns taxeront ce fédéralisme mondial, que l’ONU porte pourtant en germe depuis le départ, de naïf ; mettant sur le même banc des “rêveurs” que mon humble personne et bien d’autres : Albert Einstein, Winston Churchill, Albert Camus, Jean XXIII, Thomas Mann, Bertrand Russell, Jawaharlal Nehru, Margaret Mead, Hideki Yukawa, Martin Luther King, John Fitzgerald Kennedy, Irène et Frédéric Joliot-Curie, Léopold Sédar Senghor, José Figueres Ferrer, Hannah Arendt, Willy Brandt, Peter Ustinov, Desmond Tutu, Yehudi Menuhin, Mikhail Gorbatchev, Jürgen Habermas et Edgar Morin ; quand pareille liste (nullement exhaustive) de hérauts si éminents et divers de cette idée suffit à lui apporter un fameux démenti de candeur excessive : un label de lucidité. Il est vrai que tous ces visionnaires illustres, aussi cosmopolites que champions de leurs “patries” personnelles (pays, art, science, foi), ont cet “avantage” sur tant de nos contemporains dits “réalistes”, un avantage qui est certes également un terrible malheur, d’avoir vécu en direct ces événements ô combien éclairants dans leur insondable noirceur : nazisme, Shoah-Holocauste, Hiroshima & Nagasaki, stalinisme — tout ceci expliquant probablement cela. Mais, quoi ? Nos infortunes à nous, en cette première moitié de XXIe siècle, ne sont pourtant pas des bagatelles ! Faut-il donc que nous ayons à ce point perdu, en plus de la mémoire, la vue et les autres sens ? Incapables de faire le lien entre le passé, le présent, le futur et de réagir ?
Quand ces mots, si actuels, furent écrits en 1947 et 1948 respectivement :
« À mon sens, voici le moyen pour les nations du monde de briser le cercle vicieux qui menace la survie même de l’humanité, comme aucune autre situation dans l’histoire de l’humanité ne l’a jamais fait. […] Les Nations Unies doivent agir avec la plus grande rapidité pour créer les conditions nécessaires à la sécurité internationale en jetant les bases d’un véritable gouvernement mondial. » / Albert Einstein, Lettre ouverte à l’Assemblée Générale des Nations Unies
« Tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits. Ils sont doués de raison et de conscience et doivent agir les uns envers les autres dans un esprit de fraternité. » / Nations Unies, Déclaration universelle des droits de l’homme – Article premier
Qui donc pouvait penser qu’en 2026 nous en serions là, encore moins fraternels et bien plus proches de l’abîme qu’alors ? Les pessimistes.
De même pour nous aujourd’hui… Qui peut imaginer que l’humanité survivra jusqu’en 2100 sans un sursaut majeur dont nos parents les plus sages nous ont donné les clés et l’impulsion ? Les optimistes.
Assurément, une telle perspective de progrès des Nations Unies trouvera sur sa route des inerties et des opposants de tout poil : des politiciens irresponsables aux lobbies tout-puissants, si inquiets pour l’avenir… de leurs pouvoir et profits seuls, en passant par la pure paresse des corps et des âmes. Convaincre sera – c’est un euphémisme – difficile. Mais, avons-nous seulement le choix ? Laisserons-nous notre barque continuer sa dérive vers le maelstrom abyssal, sans rien faire, lors même que nous avons des rames et des bras ? La courte vue l’emporter sur la longue, la force brute triompher du droit, quand nous sommes « doués de raison et de conscience » ? Non.
Alors courage, concitoyens du monde, mobilisons-nous tous ensemble ! Car le combat pour les Nations Unies est une cause sacrée : celle – avant un Déluge sans survivance aucune – de la colombe, du rameau d’olivier et de l’arc-en-ciel. Pour que tous les enfants de la Terre vivent enfin en paix, pour l’éternité, sur une planète redevenue – après ce champ de bataille – un jardin.
Kim Rebholz Ratisbonne, 9 juin 2026
Signez la pétition en ligne sur la plateforme change.org et sur AVAAZ.org
